Et si on (re)prenait le temps de réfléchir ?

« La course au scoop conduit les journalistes à travailler trop vite et éventuellement à mal faire leur travail. C’est au citoyen qu’il revient d’élever son niveau d’exigence ». Thomas Laurenceau, journaliste indépendant et spécialiste des médias

La rapidité du flux des informations qui parviennent aujourd’hui sur nos écrans a de quoi étourdir. Avec la montée en puissance des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.), la diffusion en temps réel est devenue la norme. Cette nouvelle donne pose à la fois la question de la pertinence de l’information qui nous est délivrée mais aussi de la capacité du citoyen à la digérer et à en faire l’analyse critique.

Pour suivre la cadence, les médias traditionnels (journaux, radio, télé) sont tenus d’imposer un rythme à leurs journalistes clairement incompatible avec une information de qualité, estime Thomas Laurenceau, ancien rédacteur en chef de la revue 60 millions de consommateurs. Mediaparks l’a interviewé.

 Est-il exact de dire que les médias vont trop vite ?

C’est vrai que la tendance actuelle, c’est d’aller trop vite. Et en particulier dans les médias qui donnent le tempo en matière d’informations, c’est à dire la radio et la télévision. A la télé, on peut décider d’un sujet le matin, envoyer une équipe à 10h00 pour les interviews, procéder au montage en urgence à midi puis diffuser au journal de 13h00. Cette course conduit les journalistes à travailler trop vite et éventuellement à mal faire leur travail.

 Au risque de mettre en péril la qualité de l’information ?

Oui. Sortir l’information en premier garantit de meilleures ventes. Même si, et c’est là que ça devient problématique, l’information n’est pas vérifiée. Dans certaines rédactions, les journalistes doivent produire beaucoup d’articles pour lesquels ils n’ont pas le temps de réfléchir. Les journaux préfèrent livrer des informations rapidement même si elles ne sont pas totalement fiables. La montée en puissance des réseaux sociaux a exacerbé cette tendance.

C’est donc une question de temps ?

Pour écrire des choses justes, il faut du temps. Or ce temps, les journalistes en disposent de moins en moins. Le temps par exemple de rechercher les véritables causes expliquant la survenue d’une actualité. Ou alors c’est une question de place. Souvent, les journalistes sont contraints non seulement dans le temps pour traiter d’une information mais en plus dans l’espace dont ils disposent pour la restituer. Sur des sujets majeurs, on peut leur demander de ne faire qu’une minute au 20h00.

Comment est-il possible d’enrayer cette dynamique ?

En réfléchissant mieux et moins vite. Le rôle du lecteur est très important. C’est parce que certains sont prêts à croire n’importe quoi que des médias n’hésitent pas à raconter n’importe quoi. C’est aussi à nous de déconnecter de cette course à l’échalote. Plus les lecteurs seront exigeants, plus ils refuseront les mauvaises informations, plus ils tireront les journalistes et leurs rédacteurs en chef vers le haut.

Quels conseils pour les jeunes générations ?

C’est aux citoyens et aux jeunes gens plus particulièrement, qu’il revient de relever leur niveau d’exigence sur la qualité de l’information. D’où l’intérêt du travail de réflexion que vous menez sur les médias. Si vous réfléchissez bien, si vous changez vos habitudes de lecture, au bout d’un moment, vous parviendrez, n’en doutons pas, à modifier les travers dans laquelle la presse est tombée. Dans tous les collèges, on devrait réfléchir à ces questions.

Propos recueillis par Enora, Esther et Ninon du Collège Echange